Texte Libre

- Le ten-Zhall tome 1

 

GARTH

 

 

 

 

 

PREMIER TOME. LE TEN-ZALL.

 

 

 

Bi.Zhù se dirigeait lentement vers Koul-bar. Elle se servait des courants ascendants qui balayaient régulièrement le golfe de Qiù.

Déjà elle apercevait les lumières du port. Elle songeait en voyant ce scintillement, au tissu de sa robe de cérémonie, robe inachevée par la faute de son Mool.

Encore 75 mi avant Katyn, 75 vols de nuit avant le grand jour!

Si son casque recouvert des gemmes familiales, ses armes, son écu, son anneau portant le sceau des Dir, trônaient déjà dans le Vestil, il lui manquait la pièce essentielle, celle avec laquelle elle brillerait de mille feux à la cérémonie sous les regards envieux des apprentis et de Fal’z…

Ces vaniteuses pensées faillirent lui coûter la vie.

Elle ne prit garde au sifflement annonçant une bourrasque, ses ailes se tordirent…La surprise et la douleur l’empêchèrent de réagir rapidement et elle piqua vers les flots noirâtres, à l’instar du Mäerl fondant sur sa proie.

L’écume bouillonnante s’approchait vivement.

Elle battit frénétiquement des ailes; ses mouvements chaotiques l’arrachèrent avec peine à l’abîme liquide.

Le duvet mouillé l’alourdissait, elle rasait les vagues, incapable de se diriger. Au hasard d’un creux de houle, elle vit s’estomper les dernières lueurs de Koul-bar.

Elle dérivait vers Koul-khoul…l’atteindre était sa seule chance de survie.

Situé en avant de la passe de Koul-nem, cet amas de rochers, ancien sanctuaire de Garth, détruit pendant les guerres de Lotham, devrait lui permettre de se reposer, de reprendre des forces à l’abri des ruines.

Les membres tendus par la fatigue, Bi.Zhù scrutait le moindre changement de couleur sur l’eau…. Là..! Cette écume…enfin. Koul-khoul..

Epuisée, elle s’écroula sur une minuscule plage de galets bleutés. Elle devinait derrière la barrière de rochers, un pan de mur.

Ne pas s’endormir, ramper, escalader, ramper encore.. Enfin un recoin.

Bi.Zhù détacha de son ceinturon sa boule de chaleur, l’activa, déplia au-dessus d’elle son plad qui s’arrondit en demi-bulle, mâchonna un carré de nanam, s’allongea et s’endormit rapidement d’un sommeil sans rêves..

Une étrange mélopée provenant d’un éboulis plus haut, la réveilla. Elle écarta un pan du plad opaque, distingua le rougeoiement d’un feu. Elle pensa à une de ces fêtes organisées par les Goyeff, ces apprentis arrivés en fin de cycle.

Ces fêtes étaient plus ou moins tolérées à cause de l’abus d’Alvol, boisson qui, mal distillée rendait fou.; aussi, les Goyeff se cachaient-ils dans les endroits les plus reculés pour éviter la Fedalie, milice armée qui rapportait au Conseil de Retranchement le moindre écart..

 

 

Bi.Zhù se souvint avec un petit sourire de sa propre «fin de cycle».. Les amis réunis dans une des grottes de Thâa, un énorme fullon grillant sur un lit de viules. L’alvol passant de mains en mains et Fal’z debout, qui réinventait la danse du langage.

Ses pensées devinrent floues; déjà elle replongeait dans un sommeil réparateur, quand une voix plus forte domina les bruits de la nuit, une voix qui parlait Gùrll.. !

Seuls des individus mal intentionnés pouvaient utiliser ce langage ancien dans un lieu ou personne n’était sensé les déranger, car l’usage du Gurll était à présent uniquement réservé aux cérémonies des tazim; Bi.Zhù décida d’en savoir plus.

Tout à fait réveillée, elle se glissa sans bruit hors de son plad, vérifia son bracelet-lanceur et se dirigea vers les «conspirateurs»

Hélas pour elle, plus personne autour du brasier lorsqu’elle atteignit enfin le sommet.

 

 

Des bruits de pierres roulant, mêlés à de vagues paroles montèrent du versant opposé. Les derniers mots qu’elle saisit, furent les salutations d’usage..Et un rendez-vous..

«Bor-nanim-loux-400»

C’est du moins ce qu’elle crût entendre.

Un clapotis... un Brozz sûrement, qui leur permettrait de rejoindre le rivage et ce fut tout.. Elle savait qu’elle n’aurait pas la force de les suivre, Koul-khoul se situant à plus de 3000 tika de la côte et son pelage encore trop humide.

Aussi regagna-t-elle son plad, déposa une bosne de détection à 10 tikas de l’entrée pour déjouer d’éventuelles attaques et s’allongea à nouveau, persuadée de ne pas dormir. L’aube violacée la trouva lovée comme une Mhilt sur sa feuille.

Le premier rayon de Garth la réveilla. Très vite son campement provisoire fut rangé. Plus rien n’indiquait son passage. Elle décida de rechercher d’éventuelles traces des visiteurs nocturnes. Elle en trouva à mi-hauteur d’un escalier écroulé, surplombant un vieil embarcadère.

Du sable inséré entre deux marches disjointes gardait l’empreinte d’un courant. L’absence du 5ème doigt supposait un individu du 3ème age.

Un morceau d’étoffe verdâtre accroché à une croche attira son regard. Bien que son aspect délavé semblât indiquer une longue présence sur l’îlot, elle décida de le glisser dans son utricule.

Après un survol rapide des ruines, elle repartit vers Dort-bar. Le maître Gamick devait attendre son rapport depuis de nombreuses o-mu, mais comment lui expliquer qu’elle avait failli mourir à cause d’une rêvasserie, elle, la meilleure élève, la meilleure tazim depuis la création de la Katyna, 3125 vols sans incidents majeurs, meilleures notes de défense, d’attaque, pratique des langues anciennes gurll, pâal et zoul, sans compter les connaissances acquises en compagnie de Fal’z à relire les tablettes des ancêtres.

Fal’z! Son meilleur ami, originaire comme elle de Maget. Si loin que remontent ses souvenirs, elle le voyait à ses cotés; premiers jeux, premières luttes, premiers fous rires …premiers vols et surtout première fugue dans les forêts blanches des monts Tass. Cinq mi à explorer les grottes et les sentes à la recherche du Mäerl géant ou du Syl trembleur! …et les punitions qui s’ensuivirent.

A cette pensée, les arabesques de son visage doré rosirent, foncèrent pour devenir une arborescence violine. Elle respira fort et son visage reprit ses couleurs habituelles, d’or rehaussé de blanc. 


            
            Deux o-mus plus tard, elle approchait de la tour des Guetteurs de Katyna; l’aérovol était gardé par deux goyeff à l’attitude assez désinvolte, c’est à peine s’ils la saluèrent, elle, une tazim…. Vraiment ces 2ème age!!

Arrivée dans le Vestil, elle attendit la convocation du maître. D’autres tazim déambulaient dans la vaste salle. De temps à autre, ils lui lançaient des regards curieux qu’elle feignait de ne pas voir. Un mouvement au fond de la pièce, le temps de tourner la tête et Fal’z était près d’elle.

–«Zhuna en retard, zhuna manque l'appel....Enfin une bêtise !!»

 

Tandis que son rire ricochait sur les voûtes, il l’entraînait un peu à l’écart. Son visage à l’abri des regards s’anima, les couleurs défilaient, les dessins apparaissaient en entier ou par morceaux, parfois seul un point rouge courait le long des volutes nasales…

-«Que se passe-t-il?»

Après un coup d’œil vers la porte du maître, B.Zù fit de même… Des taches colorées dessinèrent des motifs compliqués..

-«Pas si vite» répondirent les tracés

-« Viens ce soir chez moi» clignota le front de B.Zù.; Car au même instant un garde lui faisait signe d’entrer.

La volante, penaude écouta sans broncher la longue diatribe de Gamick; Passa sous silence l’incident sur l’îlot, elle se savait en faute, elle accepta le blâme… . Sa note en souffrirait mais elle était toujours en tête du classement.

Elle repartit vers la tour dont elle occupait tout le dernier étage, disposant d’une vaste plate forme transformée en jardin qui lui rappelait ceux de Kralla et d’un aérovol convenable. Quant à son dôme de vie, il possédait tout ce qu’un volant du 3ème age pouvait désirer.

A présent, allongée sur un tapis de Boula, elle décompressait.

En éclatant sous son poids, les capsules disposées sur les larges feuilles exhalaient des essences relaxant.

Le liquide rose qui s’en écoulait avait la vertu d’effacer les courbatures…mais comme pour la plupart des plantes vivant sur Elona, son usage était restreint. Les sucs s’acidifiaient au contact des tissus vivants, les dissolvant, les digérant.

Il n’était pas rare de trouver au milieu des corolles mouchetées, les os blanchis mêlés à des lambeaux d’étoffes de quelque voyageur fatigué.

Son Mool grogna; il était temps de se lever…

Très sensible aux odeurs comme tous ses congénères, il avait la faculté d’en ressentir la moindre variation. Certaines lui étaient insupportables comme celle du boula digérant.

Elle sirotait de la liqueur de viule sous une tonnelle quand Mmm, le mool, chanta l’accueil.

 

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